Fakear / samedi 6 mars 2021

Achetez votre billet !

Concert

FakearFrance / Electro

21h

Quand il a quitté le canton montagneux de Vaud, en Suisse, l’année dernière, Fakear n’imaginait pas que son univers musical serait ainsi chamboulé. Il est encore ce jeune homme élancé qui vit en t-shirt blanc XL et fait des références geek au milieu de ses phrases. Mais un parfum neuf flotte sur Everything Will Grow Again (dont le premier single, « Carrie », sort le 17 avril prochain), son troisième long-format. Fakear y fusionne les styles avec une épaisseur nouvelle, tend des perches à Mount Kimbie, Floating Points et Jon Hopkins et s’amuse des accidents sonores de ses synthés modulaires.

Six années le séparent du succès planétaire de « La Lune Rousse », de ses premiers EP’s aux influences orientales publiés sur Nowadays Records et de ces voix saccadées et vives qui ont façonnées la « patte » Fakear. Devenu l’un des ambassadeurs des « bedroom producers » français, dans la lignée de Flume, Fakear s’est retrouvé à jouer aux côtés de monolithes tels que M.I.A. et Bonobo. Sur la route du succès, le jeune homme estime ne pas avoir toujours pris les bons raccourcis.« Mon dernier album était trop pop, analyse-t-il aujourd’hui. Depuis j’ai arrêté d’écouter cette vague d’électro qui, à l’image d’Odesza, a bifurqué vers l’EDM. »

Une fois sorti de son isolement près de Lausanne, d’où il avait composé Ali Glows (2018), Fakear vient chercher un second souffle sur les bords du canal Saint-Martin, « pour retrouver l’effervescence urbaine et recommencer à faire la fête ». Ce temps parisien lui offre une respiration féconde. « À peine les cartons déballés.je me suis laissé dix jours en sous-marin pour composer le squelette de l’album. » Jusqu’à présent, il avait toujours composé par à-coups, un rythme de travail qu’il juge, avec du recul, « frénétique » et « désorganisé ». « Cette fois, dès qu’une inspiration me venait, je prenais le temps de faire des pauses. Tout l’album a été produit avec le dernier Zelda en toile de fond pour ne pas me disperser. »

Sur son bureau, une figurine du jeu et d’autres références à Star Wars. Une passion pour l’univers SF qu’il partage avec celui qui a collabo’ré sur l’écriture d’Everything Will Grow Again, !’Anglais Alex Metric, véritable « coup de foudre amical et artistique ». Fakear s’est enfermé avec ce producteur géant, qui a travaillé avec les Daft Punk, Diplo ou Avicii, dans son studio londonien. Surnommé « batcave » en référence à Bâtman. « Il y avait des câbles dans tous les sens, il fallait enjamber des machines et taper dessus pour qué ça marche. C’est là que je me suis rendu compte de l’importance des machines analogiques ». Jusqu’ici, ses productions étaient composées surtout de plug-in préenregistrés qu’il remettait en ordre avec une MPC une fois sur scène.

Le murmure des synthétiseurs Jupiter-8 et le Matrix est omniprésent sur les 11 plages de l’album. Son éternelle communion avec la nature, d’où il puise son inspiration depuis ses débuts, et ses accords acoustiques typiques du style. Fakear se retrouvent encore sur des titres comme « Together » ou « Sekoia ». Tout un pan de l’album est résolument oriente club, avec « Structurized », et s’ouvre sur un monde de nappes analogiques proches de Mount Kimbie ou Moderat dans « Linked ».

L’installation qu’il a prévu pour ses performances live, mélange de LED, de machines et de totems succède à son précédent format concert où il était entouré de musiciens. Manière de revenir un exercice solitaire, plus club, qui illustre la croisée des chemins dans laquelle se trouve Fakear avec Everything Will Grow Again. Comme l’indique ce titre, l’album évoque un espoir presque post-apocalyptique, celui qui veut que, peu importe les événements ou la souffrance, toute chose se renouvelle, évolue et retrouve l’équilibre.

En arabe, le mot « fakir » recouvre le champ lexical de la pensée et de la sagesse. Au pays d’un Fakear que le temps a fait mûrir et qui « n’a plus envie de suivre les modes », les frontières viennent de s’étendre à de nouveaux territoires électroniques, dont ce quatrième album est la profession de foi. Une poursuite de ses harmonisations, plus sincère, avec un tissu technique plus robuste, « un vrai virage », selon le jeune homme de 28 ans, qui travaille déjà à une suite tout droit sortie des cartons d’un Floating Points et de la galaxie des producteurs anglais post-dubstep.

fakearmusic.com/